Fiches de lecture

Antimanuel d'économie (Tome 1 : Les Fourmis) — Bernard Maris

30 July 2026

ISBN 9782749500782

Introduction — Faut-il rire des économistes ?

PARTIE 1 : PRINCIPES DE SCOLASTIQUE ÉCONOMIQUE

Chapitre 1 — Science dure, science molle, ou science nulle ?

L’essentiel : l’économie néoclassique n’a pas seulement imité la physique, elle l’a plagiée terme à terme — et une physique déjà dépassée (mécanique classique atemporelle) au moment même où la physique réelle passait à la thermodynamique et à l’irréversibilité. Le jargon mathématique sert ensuite surtout à exclure et à faire taire, pas à expliquer.

Chapitre 2 — La politique économique

L’essentiel : économie née de la politique, jamais séparée d’elle — prétention à la neutralité (“science pure”) démentie par l’histoire même de la discipline — experts médiatiques ≈ oracles, prédictions ratées en série (LTCM, CAC 40) — plusieurs prix Nobel eux-mêmes finissent par avouer que l’économie n’est pas une science.

(Textes qui suivent : Serge Latouche, Laurent Cordonnier, Joseph Stiglitz, Pierre Cahuc, Jacques Sapir.)

Chapitre 3 — Le langage du pouvoir

L’essentiel : comptabilité nationale = langage commun, né dans l’entre-deux-guerres, jamais neutre — statistique = pouvoir de l’État sur l’incertain — “efficacité” transformée en fin en soi pour masquer la vraie question, toujours la même : le partage.

(Textes qui suivent : George Orwell, Keynes, Stiglitz, Frédéric Beigbeder, Armand Farrachi, Dominique Méda, Jacques Sapir.)

PARTIE 2 : LA GUERRE ÉCONOMIQUE

Chapitre 4 — Marchés et concurrence

L’essentiel : concurrence parfaite = mythe irréaliste et jamais atteint — dilemme du prisonnier, théorèmes d’Arrow et de Lipsey-Lancaster, modèle d’Akerlof : la théorie économique la plus orthodoxe elle-même démontre que la concurrence est inefficace — la vraie source de progrès, selon Maris, c’est l’altruisme et la gratuité, pas la compétition.

(Textes qui suivent : Dominique Méda, Patrick Besson, Jean Baudrillard, Adam Smith, George Orwell, Paul Bairoch, Michel Houellebecq, Jacques Généreux.)

Chapitre 5 — Mondialisation et commerce international

L’essentiel : la mondialisation est une construction politique (Nixon 1971, dérégulation monétaire), pas un aboutissement naturel du commerce — la “compétitivité internationale” des nations est un mythe statistique (Krugman) qui masque les vraies causes des inégalités — libre-échange et protectionnisme n’ont de sens qu’au cas par cas, selon les rendements croissants en jeu.

(Textes qui suivent : Michel Houellebecq, Paul Bairoch, Jonathan Swift, Montesquieu, Joseph Stiglitz, rapport du PNUD 1998, Jean-Michel Harribey.)

Chapitre 6 — Enron et les sept familles

L’essentiel : la faillite d’Enron (2001) comme étude de cas grandeur nature — sept “familles” d’acteurs (dirigeants, analystes, auditeurs, banques d’affaires, agences de notation, presse, politiques) se sont mutuellement validées pendant 17 ans, chacune ayant un intérêt financier direct à ne jamais dire non — la fraude n’était pas cachée, elle était structurellement produite par les conflits d’intérêts de tout le système.

(Textes qui suivent : sur le scandale Enron et la financiarisation, notamment via Alternatives économiques et la presse économique française.)

PARTIE 3 : LE NERF DE LA GUERRE

Chapitre 7 — L’argent

L’essentiel : les économistes orthodoxes (jusqu’à Friedman) traitent la monnaie comme “neutre”, sans effet sur l’économie réelle — position que Maris juge absurde et refoulée (parallèle avec Freud) — en réalité la monnaie naît du crédit (pas l’inverse), elle est une pure création de confiance et de pouvoir souverain, et toute l’histoire monétaire française est une lutte entre “ordre des créanciers” et “ordre des débiteurs”.

(Textes qui suivent : Keynes, sur la monnaie et l’incertitude ; extraits sur l’histoire monétaire et la spéculation.)

Chapitre 8 — La Bourse et les marchés financiers

L’essentiel : la Bourse ne finance quasiment pas l’économie réelle (elle détruit du capital net, via les rachats d’actions) — elle fonctionne comme le “concours de beauté” de Keynes, un pur mimétisme sans rapport à la valeur fondamentale — les stock-options inversent la logique marxiste classique (le salarié fait l’avance de son travail en pariant sur des profits futurs) et transforment le salarié en “rentier exploiteur” de lui-même.

(Textes qui suivent : sur les bulles spéculatives et la psychologie des marchés.)

PARTIE 4 : LE BUTIN

Chapitre 9 — Le partage de la richesse

L’essentiel : le contrat de marché est un jeu à somme positive (les deux parties gagnent), contrairement au pillage — mais Maris rappelle que ce partage se fait quand même “au couteau”, par rapport de force, pas par pure harmonie contractuelle — les rentiers (Ricardo, Keynes voulait les “euthanasier”) sont revenus en force depuis les années 1980, captant à nouveau ~10% du revenu national comme en 1914.

Chapitre 10 — Qu’est-ce que la richesse ?

L’essentiel : le PIB ne mesure que ce qui a un prix de marché — il compte les accidents de la route, les embouteillages et la pollution comme de la “richesse” (puisqu’ils génèrent de la dépense), et ignore tout le travail bénévole et gratuit qui, au contraire, la fait baisser.

(Textes qui suivent, pour les deux chapitres : extraits sur la répartition et la mesure de la richesse, notamment Dominique Méda déjà citée au chapitre 3.)

Chapitre 11 — L’autre économie

L’essentiel : tour d’horizon des alternatives concrètes déjà existantes — monnaies locales fondantes (Sels), monnaies affectées, revenu universel, logiciel libre — toutes fondées sur le même principe : sortir du couple rareté/accumulation pour aller vers le don et l’abondance.

(Textes qui suivent : sur l’économie solidaire et les alternatives au marché.)


CONCLUSION : ÉLOGE DE LA GRATUITÉ

L’essentiel : le livre se referme sur l’annonce du tome 2 (Les Cigales) — après avoir décortiqué l’économie de la rareté et du calcul (les fourmis), Maris esquisse la thèse inverse : le don, l’inutile et la gratuité comme véritables moteurs du lien social et, paradoxalement, de la richesse elle-même.